Au début, c’était une rencontre comme une autre. Un message, puis un autre. Une présence rassurante, attentive, presque trop parfaite. Les mots tombaient justes, sans heurt, comme quelque chose de familier. Je me sentais compris·e, valorisé·e, choisi·e.
Ce lien est devenu une évidence. Et l’évidence, peu à peu, une dépendance.
Ce que l’on appelle aujourd’hui une « arnaque à la romance » ne commence jamais comme une arnaque. Elle commence comme une histoire. Une histoire dans laquelle on a envie de croire. Parce qu’elle fait du bien.
« Les escrocs savent repérer les vulnérabilités de la victime et les utiliser pour instaurer peu à peu une relation de confiance », explique Maria Brito, intervenante sociale du dispositif Stop au silence à Yverdon-les-Bains.
Les escrocs ne se précipitent pas. Ils observent, écoutent et s’adaptent. Ils détectent les failles, s’y installent, puis construisent un semblant de relation.
La demande d’argent arrive.
Jamais brutale. Toujours justifiée. Une urgence, une maladie, un blocage à l’étranger. Il faut aider. Juste cette fois. Puis une autre. Et lorsque la méfiance apparaît, l’attachement entrave déjà la raison.
Ce qui frappe, dans ces récits, c’est l’ampleur des dommages causés par ces arnaques.
Les escrocs ciblent souvent des personnes traversant des périodes de vulnérabilité, telles qu’un deuil, une rupture ou un isolement. En offrant une présence réconfortante, ils deviennent rapidement perçus comme indispensables, exploitant ainsi la confiance de la victime pour mener à bien leur arnaque.
D’un regard extérieur, cette relation peut alarmer.
Les proches tentent d’alerter. Mais leurs mots, souvent maladroits, produisent sur la victime l’effet d’un jugement. Et la personne se renferme. Elle s’isole.
Elle se dit : « ils ne comprennent pas, ils sont contre nous. »
En réaction, cette opposition peut renforcer le lien entre la victime et l’escroc.
Le déclic
Après plusieurs excuses, des rencontres annulées, des demandes d’argent qui se répètent, la victime commence à avoir des doutes, souvent aidée par ses proches qui essaient de la mettre face à la réalité.
L’arnaque aux sentiments provoque plusieurs émotions. La tristesse est immense, la déception aussi. On a perdu un être cher. Puis vient le sentiment de honte d’y avoir cru. Alors on se tait. On se tait face aux autres. On se tait face à soi-même et on garde pour soi ce qui, pourtant, pèse de plus en plus.
C’est précisément dans cet espace de silence que le dispositif Stop au silence intervient.
Pas pour juger. Pas pour imposer. Mais pour accueillir. Ici, il n’est pas nécessaire d’avoir tout compris, ni d’avoir pris une décision. Il suffit de venir avec ce que l’on vit. Confus, incomplet, douloureux.
L’entretien commence toujours par une chose simple : écouter.
«On accueille la personne là où elle en est», confie Maria Brito.
Cette posture change tout. Parce qu’elle enlève la pression. Elle permet de parler sans devoir se justifier. De s'exprimer sans être corrigé·e. Contrairement aux proches, l’intervenante n’est pas impliquée émotionnellement. Elle ne cherche pas à convaincre, mais veut, par l’échange, identifier les ressources à disposition de la victime.
La prise de conscience ne s’accompagne pas forcément d’une rupture brutale de contact. Il arrive que la personne ne soit pas prête à renoncer aux conversations et à l’attention de l’escroc. Et c’est accepté. Franchir la porte du dispositif, ce n’est pas être bousculé·e, c’est simplement accepter de regarder la situation autrement.
Désemparé·e·s, impuissant·e·s, parfois épuisé·e·s. Certains n’en dorment plus. Ils voient la personne s’éloigner, l’argent partir, sans savoir comment agir.
On peut les aider à trouver les bons mots, à rester présents sans casser la relation. Car dire « ouvre les yeux » ne suffit pas. Et peut même aggraver la situation. Ici, on donne des outils pour accompagner sans brusquer.
Au-delà des arnaques, le dispositif s’inscrit dans une réalité plus large : celle de la violence sous toutes ses formes, du harcèlement et des cyberinfractions liées à l’intime.
Dans certains cas, partir semble inenvisageable. C’est pourquoi l’accompagnement ne se limite pas à écouter. Il consiste aussi à informer, rassurer, orienter. Dire qu’il existe des solutions. Dire que la personne n’est pas seule et qu’elle a des ressources personnelles pour faire face à la situation.
Dans cette écoute, un détail fait toute la différence : les mots. Chaque mot compte. Un mot peut libérer. Un autre peut enfermer. Dire à une victime qu’elle « n’a pas voulu voir » peut renforcer sa culpabilité. Là où il faudrait au contraire l’aider à comprendre ce qu’elle a vécu. Si on tourne autour du pot, la personne ne dira rien. Il faut poser les bons mots.
Nommer les choses. Sans brutalité, mais sans détour. C’est ainsi que la parole se libère.
Au fond, Stop au silence ne promet pas de solution miracle. Il propose quelque chose de plus essentiel :
Un endroit où l’on peut s’arrêter et être écouté·e
Un moment pour comprendre
Un espace pour dire
Parce que parler, c’est déjà un début et c’est énorme.
Vous vous sentez concerné·e, de près ou de loin ? Victime, témoin, proche…
Vous hésitez à vous confier, à en parler ? Vous ne savez pas par où commencer ?
Stop au silence est un espace d'écoute à Yverdon-les-Bains. Ici, vous pouvez prendre le temps. Dire les choses à votre rythme, même lorsque les mots sont difficiles à trouver.
Vous serez écouté·e avec bienveillance, soutenu·e, et conseillé·e pour trouver peu à peu un chemin pour avancer. N'hésitez pas à demander un entretien confidentiel et gratuit avec notre intervenante sociale au 024 423 66 54 ou via les formulaires en ligne ci-dessous. Un·e interprète peut intervenir sans frais sur demande.
Violence : possibilité de demander un entretien confidentiel avec une intervenante sociale via un formulaire en ligne : ❮Formulaire violence❯
Cyberinfractions touchant à l’intime : possibilité de demander un entretien confidentiel avec une intervenante sociale via un formulaire en ligne : ❮Formulaire cyberinfraction❯
Harcèlement de rue : possibilité de rapporter anonymement une situation vécue via un formulaire en ligne, afin de mieux identifier ce phénomène et mettre en place des mesures de prévention. Un entretien confidentiel peut également être demandé avec une intervenante sociale : ❮Formulaire harcèlement de rue❯
Stop au silence
Rue du Valentin 12 · 1400 Yverdon-les-Bains
024 423 66 54
Stop au silence est un dispositif public, gratuit et confidentiel, mis en place par le Service de la sécurité publique d’Yverdon-les-Bains, offrant un espace de soutien à la population face au cyberharcèlement liées à l’intime, aux violences et au harcèlement de rue.
Nos remerciements à Monsieur Pascal Pittet, directeur du Service de la sécurité publique, ainsi qu’à Madame Maria Brito, intervenante sociale du dispositif « Stop au silence », pour leur disponibilité et la qualité des échanges.
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